Le thème de l'hybris

L’hybris est un concept et topos issu de la tragédie grecque, désignant un excès d’orgueil ou de confiance en soi, une démesure qui pousse un personnage à défier les limites humaines (et divines !) et qui va entraîner sa chute (1). La valeur qu’accordent les Grecques à ce concept est amplement visible dans le temple d’Apollon de Delphes, qui était la demeure de l’oracle de Delphes, sur lequel était écrit : Gnothi seauton (connais-toi toi-même) et Meden Agan (rien de trop) : connais ta place dans la société et dans le cosmos et agissez en conséquence.

Un exemple célèbre en est l’histoire d’Icare. Malgré les avertissements de son père Dédale, il vole trop près du soleil avec des ailes de cire, ainsi défiant les lois du cosmos. Cette démesure le mène à sa chute tragique, où la cire fond et il tombe dans la mer. La démesure est punie.

 Hybris dans les Deux Amants

Dans le lai, l’amant incarne l’hybris à travers son refus du philtre magique. Il est convaincu que la toute-puissance de son amour suffit à triompher de l’épreuve et rejette toute aide extérieure, bien que la potion magique puisse l’aider (2) et que sa bien-aimée y insiste fermement, ainsi rejetant la volonté féminine, un thème important dans l’amour courtois (3). Cette démesure le mène à l’échec : malgré (ou bien à cause de !) sa détermination, il ne peut pas porter sa bien-aimée jusqu’au sommet. Sa démesure est punie.

Pourtant, on peut déduire un paradoxe de cette mort (ou bien une différence entre la société médiévale et antique en ce qui concerne le bon fonctionnement humain). Certes, le jeune homme est puni pour sa démesure, il meurt. Mais cette mort est suivie par la mort de sa bien-aimée, ainsi devenant un symbole de la pureté de leur amour. Unis éternellement dans la mort et dans le même tombeau, leur amour est finalement une victoire. En fait, l’hybris fait de cette histoire une légende : l’amour dépasse la mort.

L’hybris est alors un concept compliqué et pourtant profondément présent et important dans ce lai. Il est le moteur de la légende : la démesure du jeune homme a fait qu’il sont unis éternellement dans la mort.  

Sources:

(1) ROUDINESCO, Elisabeth, « Histoire d’une notion : ‘hubris, l’ivresse de la démesure », Le Monde, 13 avril 2022, ligne URL : https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/13/l-hubris-l-ivresse-de-la-demesure_6121908_3232.html#:~:text=L'hubris%20(ou%20hybris%2C,temp%C3%A9rance%20et%20raison%20(logos).

(2) FERNANDEZ DIAZ, Carmen, « Symbolisme et moralité dans les Lais de Marie de France », Estudios de lengua y littérature francesas, 1987, No. 1, p. 63.

(3) Céline Zaepffel, Séance 4, Littérature médiévale [cours de B1], Leiden Universiteit, cours 4, 3-3-2026, diapo 25.