Mourir d'amour

Mourir d’amour est un topos connu et ancien dans la littérature médiévale (et occidentale). Il désigne l’idée qu’un amour si intense, si pur (et si malheureux) peut mener à la mort des amants. En effet, selon la chercheuse Cristina Noacco la « maladie d’amour est l’un des motifs fondateurs et essentiels de la littérature courtoise » (1). Chez nos Deux Amants, cette maladie est très visible, vu le prix ultime à payer pour leur amour : la mort. La gravité qu’attribue Marie de France à ce topos est de plus bien visible. Dès le début du lai (l. 1-4) elle annonce la mort finale des Amants, ainsi indiquant avec un prolepse sa valeur.

Topos littéraire

Ce thème est présent dans un grand nombre d’œuvres d’auteurs différents. C’est par exemple ce qu’écrit Dante dans un de ses sonnets (selon Noacco) pour qui le mal de l’amour est parfois si nuisible, qu’il a failli mourir par conséquent (2). Aussi dans Tristan et Iseut, un autre récit de la matière de Bretagne, les deux personnages amoureux meurent de chagrin après avoir été séparés.

De plus, l'idée de mourir d’amour montre le lien entre Marie de France et la littérature d’Antiquité. Évidemment, l’écriture de Marie de France a été basée sur les légendes et les thèmes de la matière de Bretagne, mais comme elle indique dans sa prologue, Marie de France a été enseignée dans la littérature latine (3), de sorte qu’il y ait au moins une chance qu’elle connaisse les classiques de l’Antiquité. En effet, selon Fernández Díaz, le lai des Deux Amants a été souvent comparé avec Pyrame et Tisbé d’Ovide. La ressemblance thématique dans les deux récits (deux jeunes amants meurent d’amour l’un après l’autre) et les influences ovidiennes sur Marie de France en sont la raison (4).

 Mourir d’amour des Deux Amants

Selon la même auteure, le fait que le jeune homme meurt est en soi une preuve de la puissance de l’amour. Certes, le philtre magique l’aurait aidé à surmonter l’obstacle, mais il veut faire preuve de la « toute-puissance » de son amour (5). Pourtant, malgré son sacrifice, l’obstacle reste insurmontable. La mort commune et leur enterrement dans un même tombeau symbolisent ensuite le désir ultime d’un amour éternel, affranchi des contraintes du monde. Plus rien ne peut les séparer. Dernièrement ce récit illustre l’idée que l’amour sincère (et exclusif) est intemporel. Selon Marie de France, quand l’amour est vrai, il transcende même la mort. Même si l’amour du jeune homme ne suffisait pas à surmonter l’obstacle, leur sincérité les unit dans la mort, ainsi célébrant la pureté et la durabilité du vrai amour.

Chanson: mourir d'aimer

Écoutez la chanson de Charlez Aznavour de mourir d'aimer.

Sources:

(1) NOACCO, Cristina, « Le mal d’amour au Moyen Âge : souffrance, mort et salut du poète », Pallas, Vol. 88, 2012, p. 147.

(2) NOACCO, Cristina, op. cit., p. 152.

(3) EDWARDS, Robert R., « Marie de France and le Livre Ovide », Mediaevalia, Vol. 26, No. 1, 2005, p. 57.

(4) FERNANDEZ DIAZ, Carmen, « Symbolisme et moralité dans les Lais de Marie de France », Estudios de lengua y littérature francesas, 1987, No. 1, p. 59-66.

(5) FERNANDEZ DIAZ, Carmen, op.cit., p. 53.

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